Si vous prenez le bus à Poitiers vous n’avez pas pu les manquer, que ce soit dans les bus ou aux arrêts, des panneaux nous alertent : FRAUDER c’est 45€ D’AMENDE MINIMUM. La NRSLIP essaie de vous expliquer pourquoi cette campagne est de droite et comment faire pour faire mieux !
Les transports public sont une solution pour limiter l’usage des voitures et un moyen efficace de lutter contre le réchauffement climatique. En particulier lorsque sont prises des mesures pour en augmenter l’utilisation par les personnes qui vivent sur un territoire donné. Si certaines voix s’élèvent un peu partout pour demander la généralisation des bus gratuits, de nombreuses villes en ont fait le choix. Pourquoi pas Poitiers ? Car nous avons à la tête de notre ville des droitards mentaux qui préfèrent la charité à l’égalité. Ils et elles se complaisent à pouvoir dire qu’ils et elles accordent des tarifs préférentiels aux pauvres, leur demandant au passage à venir faire l’aumône et justifier auprès de Vitalis de leur pauvreté. Se faisant ils et elles ont l’impression d’avoir fait une bonne action, flattant leur égo à peu de frais tout en rabaissant une fois de plus les prolétaires. Une mairie de gauche aurait à cœur d’en finir avec ce système et se battrait pour que Poitiers entre dans la liste des villes où les transport en commun sont gratuits.
Mais aujourd’hui nous ne parlerons pas de cela mais bien de la campagne anti-fraude. C’est bien connu, les pauvres, non contents d’avoir des tarifs peu chers pour le bus, ne paient pas leur ticket. C’est intolérable pour la droite qui se lance donc dans une campagne de contrôle accru sur le terrain doublée d’affichage préventif. Vous me direz : « la prévention c’est bien, c’est de gauche ». Oui, certes, mais là c’est très mal fait et très droitier dans l’exécution. Voici un exemple de ce que ferait une agglomération de gauche et progressiste qui ne souhaiterait pas (pour des raisons qui m’échappent) rendre gratuits les bus. les développements ci après s’appuient sur une étude de cas en Île-de-France.
Le premier point qu’il convient de noter est l’absence de lien entre taux de contrôle et taux de fraude apparent. En effet, dans certaines villes, pour un même taux de contrôle de 2%, le taux de fraude apparent peut être de 30%, 14,8% ou 1,8%. Comme le montre le graphique ci-dessous, il est très difficile d’établir la moindre tendance entre taux de contrôle et taux de fraude apparent.

Il est donc nécessaire d’agir sur d’autres leviers. Par exemple sur la formation des agents de contrôle pour proposer une solution d’abonnement de longue durée adaptée à la fréquence d’utilisation du transport par la personne en irrégularité en échange du non-paiement de l’amende associée à la fraude. Lors du contrôle d’une personne fraudeuse, l’agent de contrôle pourrait ainsi l’aider à constituer son dossier et accéder à un abonnement adapté et correspondant à son profil.
La peur est un très mauvais moyen d’influencer les comportements des gens. La campagne d’affichage joue sur la peur de l’amende. Cependant ce n’est pas la meilleures manière d’influencer les comportements. Il y a de meilleures manière de « nudger » (pour celleux qui veulent des explications sur ce qu’est le « nudging », voir cette vidéo« . Par exemple, plutôt que de dire : « réutiliser cette serviette sert à économiser de l’eau », il est plus efficace de dire aux clients d’une chambre d’hôtel : « comme 75% des clients avant vous, réutilisez votre serviette ». Une campagne positive eut été :
« Voyagez léger, voyagez validé ! » Mais l’efficacité n’eut probablement pas été maximale.
Une campagne d’affichage plus efficace eut donc été :
« Comme 90% des utilisateurices de Vitalis, voyagez avec un titre de transport valide ». Coupler ce genre d’affichage, associé à une action d’accompagnement à l’abonnement par les contrôleurs et enfin la mise en place d’action de prévention dans les lycées, collèges, universités et écoles sont un bouquet d’actions pertinentes pour réduire la fraude.
Cependant, comme le signale l’étude en question, la « politique de tarification poursuit trois objectifs parfois incompatibles : couvrir les coûts de production du service (objectif n°1), fidéliser les usagers dans le cadre d’une politique de développement durable (objectif n°2), et garantir le droit au transport pour tous (objectif n°3) ». Il est également rapporté que les recettes tarifaires ne couvrent pas une grande part des besoins en financement des transports publics aussi « ne serait-il pas préférable d’instaurer une gratuité totale de ceux-ci, qui aurait l’avantage de satisfaire pleinement les objectifs 2 et 3 mentionnés ci-dessus ? ».
Bref, tout cet article n’existerait pas si Grand Poitiers se décidait à rejoindre des villes comme Dunkerque, Miami, Niort ou encore Seattle. Vite les bus gratuits avec une meilleure fréquence !
Y.G.
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