Sérieusement ?, Vitalis

Stop aux contrôles dans les bus de Vitalis !

Dans le rapport annuel de Vitalis et de la Régie des Transports Poitevins, que nous nous sommes procuré, il y a de nombreuses informations très intéressantes. Nous nous penchons aujourd’hui sur les contrôles dans les bus Vitalis, les fraudes et les incivilités.

Cet article vient en complément de deux articles que nous avions fait au sujet de Vitalis, 1 et 2.

Sur une planche sobrement intitulée : « Le contrôle et la fraude », dont il faut mesurer tout le poids de la rhétorique bourgeoise, nous apprenons des choses très intéressantes. Premièrement, que l’objectif du taux de contrôle fixé par Vitalis et Grand Poitiers est de 1%. C’est à dire que pour 100 personnes qui prennent le bus, 1 contrôle doit être effectué. Pour l’année 2023, le taux de contrôle est en moyenne de 1.6%. Bien au dessus de la cible, et ce, tous les mois de l’année. En 2022 ce taux était de 0.64%, et en 2021 de 0.23%. En trois ans et sous l’impulsion de Grand Poitiers, sauce Poitiers Collecte et Florence Radin, le taux de contrôle a été multiplié par 7. Cette augmentation s’explique en grande partie du fait que les effectifs du groupe dédié au contrôle de la fraude sont passés de 4 à 7 agent·es entre 2021 et 2023.

Mais alors que nous apprennent les chiffres ? En 2022, il y a eu 83 420 contrôles, pour 12M de voyageureuses, soit un taux de contrôle à 0.64%. En 2023, il y eu 208 623 contrôles sur 13M de voyageureuses, soit un taux de contrôle à 1.60%, donc une multiplication par 2.5 du nombre de contrôles. Niveau taux de contrôle, l’objectif est largement dépassé ! Mais qu’en est-il de la fraude ? Est-ce qu’il est vraiment utile de dédier 6 agents à temps plein sur cette tâche ? Nous allons voir cela dans le détail !

En 2022, pour 83 420 contrôles, 1030 procès verbaux ont été établis. Il y a donc 12 PV pour 1000 contrôles. En 2023, pour 208 623 contrôles, 3161 procès verbaux ont été établis. Il y a donc 15 PV pour 1000 contrôles. Cette débauche d’énergie semble totalement disproportionnée (voir la figure ci-après). En effet, sur le réseau Vitalis, il y a très peu de fraude si l’on compare avec d’autres grandes villes, voir notre article à ce sujet. Mais en réalité la situation est pire que cela.

Chiffres issus du rapport annuel de Vitalis et de la Régie des Transports Poitevins de 2023, nombre de contrôles et de procès verbaux établis en 2022 et 2023.

Si l’on regarde en détail le nombre de PV payés, leur nombre est de 235 en 2022 et 906 en 2023. Rendez vous compte ! 906 amendes payées pour 208 623 contrôles. C’est à dire que les agent·es de contrôles sont venus sous entendre à 208 623 personnes qu’elles étaient des fraudeuses potentielles, dans le lot il s’avère que 1.5% seulement l’étaient et à la fin seulement 906 amendes ont été payées. En définitive, 0.4% des contrôles ont mené au paiement d’une amende. Sachant que, d’après les chiffres qui sont présents dans ce rapport, un·e agent·e représente en moyenne 55k€ de dépenses (c’est forcément sur évalué par l’effet de moyenne), l’équipe de contrôle des fraudes représente environ entre 200k€ et 300k€ de dépenses par an pour Vitalis. Il faut donc mettre en regard cette somme, avec la somme colossale des 906 amendes réglées à la suite des contrôles. Les amendes sont facturées entre 45€ et 180€, donc les 906 recouvrements ont généré entre 41k€ et 163k€, ce qui est bien en dessous de ce que coûte l’équipe de contrôle. L’équipe de Poitiers Collectif cherche à faire des économies en permanence, voici notre conseil : arrêtez les contrôles dans les bus.

Le coût de l’équipe de contrôle comparé aux revenus des PV payés en 2023. Chiffres issus du rapport de Vitalis.

Il reste un dernier point à aborder sur le sujet des contrôles. En effet, les contrôles, nous l’avons vu, ont explosé entre 2022 et 2023, avec une multiplication par 2.5. Entre 2022 et 2023, le nombre d’incivilités est passé de 26 à 16, néanmoins, le nombre d’agressions est passé de 2 à 10. Sur ces 10 agressions, 7 l’ont été envers un ou une membre des équipes de contrôle. Supprimer les équipes de contrôle ferait ainsi baisser le nombre d’agression dans les bus de Vitalis de 70%.

Nous avons contacté une membre de l’équipe de Poitiers Collecte, voici son témoignage :
« Nous avons mis en place une tarification sur condition sociale, comme ça les pauvres ils peuvent avoir un abonnement de bus pas cher. Mais nous voulons nous assurer que personnes ne fraude, car la fraude c’est vraiment super mal. Fraudez c’est mal vous voyez, parce que frauder c’est mal. Vous aimeriez que les milliardaires puissent frauder librement ? Non ! Et bien nous on empêche les gens de frauder dans les bus de la ville, c’est une question de justice ». Autant vous dire, très cher·es lecteurices, que nous n’avons pas été convaincu par cet argument.

Nous n’avons pas fini d’éplucher ce rapport et ne manqueront pas de revenir prochainement pour de nouvelles analyses de ce qu’il contient !

Y.G.

Leave a Reply